L’enfant timide, endormi et renfermé qu’il était, n’aurait jamais osé frapper à la porte d’une compagnie théâtrale pour s’y inscrire. Seul le hasard ou le destin pouvait l’y pousser. Sans l’un ni l’autre, il n’aurait sans doute pas adhéré à La Troupe Du Théâtre Jeune De Nabeul et n’aurait, peut être, pas fait de théâtre du tout. S’il a eu la chance d’entrer, alors enfant de onze ans, dans cette compagnie naissante, c’est grâce à Moncef Kort, son fondateur, et, de façon indirecte, à Si Bel Hassen, son instituteur de 6ème année primaire. Celui-ci le fit jouer avec ses camarades, Naceur Kort, frère cadet de Moncef et Abdessatar Ladhib, à la fin de l’année scolaire 1962, dans une petite pièce : « Tarik El Aouda », traitant de la cause palestinienne. En pleines vacances d’été, Naceur vint chez lui, rue des Nattiers, à l’heure de la sieste pour lui apprendre que son frère aîné Moncef voulait immédiatement le voir pour une affaire urgente. Il l’accompagna sur le champ chez les Kort et remarqua en arrivant sur place que leur partenaire Abdessatar était déjà sur place. Moncef Kort, grand et autoritaire, demanda aux trois garçons de jouer devant lui leur piécette. Ils s’exécutèrent sans se faire prier. Moncef Kort fut ravi. Il leur expliqua alors qu’il voulait qu’ils donnent leur spectacle en première partie du spectacle que son groupe donnait, pour la première fois, de sa toute première création : « Les Fourberies de Scapin » de Molière. Le lendemain ce fut fait. Le spectacle, avec ses deux parties, remporta un franc succès. Il joua là sur une vraie scène et devant un vrai public. Une passion venait alors d’éclore et une carrière de commencer. L’année suivante La Troupe du Théâtre Jeune de Nabeul naquit sous l’impulsion de Moncef Kort, Brahim Lassoued et autres. Tous des jeunes fonctionnaires, étudiants ou lycéens, mais tous ses aînés. A sa création, la troupe monta une pièce comique intitulée « Serka Bedhkama ». On lui attribua alors un rôle sur mesure, celui d’un enfant, le fils du voleur. Il put tirer son épingle du jeu en se défendant comme ses aînées, ce qui lui valut même le grand prix d’interprétation qu’il partagea avec la vedette de l’équipe : Moncef Kort, son maître à l’époque et qui deviendra plus tard son acolyte, le partenaire obligé avec lequel il formait à l’avis de tous un duo si complice, si harmonieux et si complémentaire.
Durant ses études secondaires, dans les années soixante, il joua dans deux autres comédies montées par la troupe : « Malla Ghasra » et « El Kollou Min Aïchoucha ». Il interpréta dans la première le rôle d’un enfant gâté et dans la seconde celui d’un domestique naïf. Dans les deux cas, il fit preuve d’une appréciable présence scénique, d’une grande vivacité dans le jeu et d’une capacité de composition qui rendait tout changement dans la voix et le maintien assez aisé. Parallèlement, et au niveau scolaire, l’élève endormi et médiocre qu’il fut au primaire évolua. Il atteignit une certaine maturité grâce à la pratique du théâtre et au contact avec les membres de la troupe. Il acquit donc une grande curiosité intellectuelle et prit le salutaire et enrichissant virus de la lecture. Et il lut énormément: de la littérature, de la philosophie et surtout du théâtre, tout ce qu’il pouvait trouver comme œuvres dramatiques et écrits théoriques sur cet art dont il avait décidé par vocation et par foi de faire l’unique passion de sa vie.
Après le bac, il fut tenté d’entrer au Centre d’Art Dramatique, puis, il décida de n’en rien faire, car il ne voulait finalement faire de sa passion ni un métier ni un gagne pain. Il se résolut donc à préparer une maîtrise de Français, en se disant que du théâtre, il en ferait uniquement en amateur, juste pour le plaisir, et qu’ainsi, il serait plus libre, à l’abri des aléas, de la précarité et des difficultés de la vie d’artiste professionnel dont il voyait, à l’époque, des spécimens pas très réjouissants. Maintenant, avec le recul de l’expérience et de l’âge et sans doute parce que les jeux sont faits, il se dit parfois qu’en fin de compte, il était quelque part un peu lâche de ne pas avoir assumé pleinement sa vocation et d’avoir cherché dans le métier conformiste de prof et la vie ordinaire, rangée et réglée de mari et de père de famille tout simplement la stabilité et la sécurité, par facilité et par peur du risque. Pendant ses années d’études universitaires, il fut un peu coupé de la troupe et cela le peina profondément de ne pas pouvoir jouer dans les deux ou trois pièces que la troupe monta à l’époque. Il ne s’expliquait le malaise qu’il éprouvait à regarder ses confrères les donner que par la douleur de ne pas y être. C’est d’ailleurs ce qui le motiva dans sa décision, lors de ses deux dernières années de faculté, de ne plus loger au foyer universitaire et de faire la navette entre Nabeul et Tunis afin justement de ne pas être loin de la troupe et de pouvoir participer aux nouvelles créations qui devaient se faire ces années là. Il joua notamment dans « Kalleb Hatta Fi Youm Lihsb » avec laquelle la troupe fit une longue et mémorable tournée à travers l’Algérie et le Maroc, pendant les vacances d’été 1974. Déjà, il n’était plus l’enfant ou le jeune adolescent qui jouait de manière spontanée, fébrile, instinctive, empirique et presque inconsciente, et qui attendait et acceptait tout du metteur en scène. Il devenait exigeant, d’abord envers lui-même, ensuite envers ses partenaires. Quant à ceux qui le dirigeaient : les Smati, Bouallègue, Shili, Messaadi et autres, ils constataient, la plupart du temps, qu’il prenait les devants avec des initiatives et des idées que généralement ils acceptaient et adoptaient.
Il s’employa studieusement à développer sa technique par des exercices pratiques. Il apprit à doser l’expression de ses émotions, à freiner ses élans (car il avait tendance à en faire un peu trop) ; à moduler sa voix et à en élargir au maximum le diapason en allant du degré le plus faible au plus élevé, du timbre le plus aigu au plus grave, du débit le plus lent au plus accéléré ; à varier et à colorer ses intonations selon les connotations des mots et des phrases de son texte, car il était persuadé qu’avec le mode et le rythme d’élocution que l’acteur adopte, il peut faire dire tout ce qu’il veut à son texte, ajouter du sens aux mots, dire en plus de ce que le texte dit autre chose avec la manière de le dire, puisque tout comédien donne à travers son jeu sa propre lecture du texte qu’il interprète. Il s’amusait ainsi à articuler des textes compliqués qu’il inventait lui-même en en exagérant les difficultés de prononciation. Il s’exerça à exprimer l’émotion du personnage par le corps, en focalisant sur l’attitude, le maintien, la démarche, la gestuelle, la mimique, le regard et l’expression du visage. Il apprit aussi à se concentrer pour déclamer un texte, en se livrant en même temps à une activité physique intense ou compliquée ; à dire des répliques ou des tirades avec des défauts de prononciation fort difficiles ; à commander les émotions les plus variées et les plus opposées pour les ressentir et les exprimer au plus vite. Il apprit à varier et à colorer le plus possible son expression pour avoir un jeu riche et éviter la monotonie. Il chercha aussi à jouer sur les silences pour mettre en valeur les mots ou leur faire signifier quelque chose d’autre. Il s’exerça encore à repérer l’espace scénique, les accessoires et les objets à manipuler pour avoir une meilleure aisance sur scène. Il apprit enfin à communiquer avec ses partenaires et avec le public, car il avait compris qu’on ne joue pas pour soi-même.
La deuxième moitié des années soixante dix et le début des années quatre vingt, il était alors devenu enseignant et il exerçait au Lycée technique de Nabeul, connurent sa confirmation artistique de comédien, il décrocha dans la plupart des pièces créées par la troupe les principaux rôles et obtint des distinctions importantes : il eut à trois reprises le premier prix d’interprétation au Festival de Korba dans « El Ouassada ouel Wallada » en 1978, « Mitouaffi Fi Ijaza » en 1979 et « El Ouasouès El Khannès » en 1982. Il entama aussi ses tentatives d’écriture dramaturgique en collaborant avec Moncef Kort pour la rédaction de ses pièces et en signant lui-même, au début, des textes pour enfants : « Ommi Sissi », «El Maaza EL Maazouzia », « Hamra Hamra ». Ce fut une période où il dirigea avec Fehri Hammali et Hammadi Dimassi, au sein de la troupe, un mouvement pour la promotion d’un théâtre jeune public, genre dans lequel ils furent précurseurs dans la région et même à l’échelle du pays. D’ailleurs la création par la suite du Festival Néapolis De Théâtre Pour Enfants qui connut l’essor et le succès qu’on connaît découle logiquement de ce mouvement.
En 1985, il dut, par besoin urgent d’argent, partir en coopération et s’exiler durant trois ans à Abou Dhabi. Loin de la troupe, il vécut en manque de quelque chose d’essentiel, de vital pour lui, frôlant la dépression, souffrant horriblement de ne pas assouvir sa passion, de ne pas recevoir sa dose quotidienne de théâtre. C’est alors qu’il réalisa combien les planches lui étaient indispensables et salutaires pour son bonheur et son équilibre. Il réintégra donc la troupe en 1988 et il y reprit ses activités théâtrales avec une avidité et un acharnement sans précédent. A partir de là, il prit en main, avec la complicité et le soutien de Moncef Kort et Slim Mansour, la destinée de la troupe qu’il fut chargé de présider et dont il dut aussi assurer la direction artistique, charges qu’il continue d’ailleurs à assumer à ce jour. Pendant toutes ces années, la troupe connut son époque la plus florissante et la plus créative. Elle enregistra une continuité et une abondance dans la production, une nette amélioration de la qualité artistique, une plus grande audience populaire. L’enregistrement et la diffusion par la télévision tunisienne de cinq des pièces de la troupe aidèrent pour beaucoup à asseoir ce succès. Moncef KORT et Ahmed BOUAMOUD surent inventer leur propre style. Un style fait de situations cocasses, absurdes ou dramatiques, traitées sur un ton loufoque, servi par des personnages qui sont des cas sociaux ou psychologiques, grossis jusqu’à la caricature, avec des figures du terroir et de la réalité quotidienne, mais transfigurées de façon à avoir une épaisseur psychologique et à prendre une dimension humaine, mythique, poétique ou philosophique, avec tous les ressorts du comique, le maximum de gags et de tics amusants, dans un langage recherché et authentiquement nabeulien par choix délibéré.
Pendant cette période, il forma et intégra trois promotions d’acteurs et d’actrices tels que Mohamed Rabbaoui, Abdessalem Majdoub, Tarak Rabbaoui et Afef Chalbi pour la première, Mohamed Maatoug, Yadh Chaouachi, Chiheb El Behi, Achrafe EL Haouet, Lilia Daoud, Laila Khsib, Mohamed Zegdane, Saïd Bouaouina, Rafik Hamrouni et Amira Messei pour la seconde et enfin Imen Marzoug, Neïla Rihani, Zied Zegdane, Farouk Testouri et Amal Sadok pour la troisième. Ils vinrent tous épauler leurs aînés et donner un souffle et un sang nouveaux à la troupe.
Ces années virent aussi la confirmation de son apport en tant qu’auteur dramatique. Il a en effet, écrit ou coécrit avec feu Moncef Kort, en exclusivité toutes les pièces produites par Le Théâtre Jeune de Nabeul depuis 1980. Il a en plus signé, durant les deux dernières décennies, la mise en scène des vingt dernières créations. Ce fut encore une période où son travail était récompensé par d’autres distinctions et hommages : (Le premier prix d’interprétation au Festival de Korba pour sa prestation dans « Yarhmou Bfaalou », le grand prix d’interprétation pour le rôle de Tarhouni dans « Kif Yé Bouney ! », le premier prix d’interprétation au Festival Néapolis dans : «Chortit Kisas Elatfel ».
Hommage lui était rendu aussi par quelques organismes régionaux et nationaux : Le Festival d’été de Nabeul à l’occasion du Trentenaire de la troupe, Le Comité de Coordination et La Direction Régionale des affaires culturelles à l’occasion de la journée nationale de la culture, Le Festival de Korba et La Fédération Nationale De Théâtre.)
Ce fut enfin l’étape où la troupe vécut l’évènement le plus tragique et le plus éprouvant de son histoire : la disparition de son fondateur et pilier, son ami et acolyte Moncef Kort dont le départ fut un choc pour tous les membres de la troupe et pour lui un drame personnel. Il partit au moment où il était au top de sa créativité artistique, où ils apprirent, tous les deux, à être au mieux de leur harmonieuse complicité, où ils formaient le duo le plus accordé. Ce fut pour lui comme une amputation, comme s’il avait perdu la moitié de lui-même. Moncef Kort s’éteignit le 19 Juillet 1996 et fut mis en terre le lendemain. Par cruelle ironie du destin, la troupe devait donner le soir même, en première et pour l’ouverture du Festival d’été de Nabeul sa nouvelle création : « Chadli Tabbala », premier spectacle qu’il dut monter sans Moncef qui était alors déjà très malade. Il se souvient avec émotion qu’après la cérémonie funèbre où les membres de la troupe inhumèrent leur ami et partenaire le plus cher, il allèrent directement lui et ses compagnons au théâtre de plein air de Nabeul où le défunt travailla longtemps comme directeur du Festival et joua de si nombreuses fois et qui devait par la suite porter son nom, pour planter les décors de sa nouvelle pièce et se préparer à donner la première de leur spectacle. Ce fut une soirée exceptionnelle et une ouverture d’une immense charge émotive, pour les acteurs comme pour le public. Celui-ci, conscient de la situation et affecté lui-même par la disparition de Moncef, mais aussi parce que la pièce était une comédie irrésistible, ne savait pas très bien s’il fallait rire ou pleurer. Finalement, par politesse envers les comédiens et par fidélité à la personnalité, à l’esprit et à l’âme du disparu qu’il connaissait comme un as de la comédie, il prit le parti de rire aux larmes. Pour sa part, il se rappelle qu’avant le début du spectacle il souffrait le martyre, le supplice de son trac se mêlant à sa profonde et vive blessure, mais bizarrement pendant toute la durée du spectacle, il parvint à oublier complètement son deuil, comme par anesthésie, pour retrouver, par la suite, sa douleur, à la baisse du rideau.
Moncef Kort parti, il dut donc redoubler d’effort pour relever le défi, assurer la continuité, maintenir le niveau et préserver le style de la troupe, ce cachet, construit patiemment, à longueur d’années, et que les spécialistes et le public apprécient et reconnaissent comme étant un style spécifique au Théâtre Jeune de Nabeul. Ce style fait tantôt de douce gaieté, tantôt d’émotion forte, parfois de léger badinage, parfois d’humour noir ; style meublé de figures universellement humaines, prises dans notre milieu et notre vie réelle et de situations étranges frôlant l’absurde mais qui sont si proches de notre quotidien qu’à chaque fois, le spectateur a l’impression de revoir des scènes vécues et des personnages familiers.
Il a pu ainsi assouvir sa passion pendant plus de 40 ans au sein du Théâtre Jeune de Nabeul qu’il rejoignit très précocement et tout au long de ma carrière, jouer d’innombrables fois, sur toutes les scènes et devant tous les publics du pays. Il a incarné des dizaines de rôles, créé de multiples personnages. Il y en a dont il a perdu la trace, d’autres l’habitent encore. Il porte certains comme une mère porte dans son sein son enfant ; d’autres le hantent de temps à autre dans ses rêves éveillés ; d’autres encore lui rendent visite dans ses rêves nocturnes ; d’autres enfin se mêlent dans sa mémoire à de vieilles connaissances. Mais il les aime tous comme s’ils étaient d’anciens amis ou des membres de sa propre famille : Salem, le clochard qui vit dans un cimetière, dans : « Miouaffi Fi Ijaza » ; Le Diable, dans : « El Khannes El Ouesoues » ; Rzouga l’absentéiste qui s’absente par peur de s’absenter et Boudabbous qui venant bêtement déposer au commissariat une montre qu’il a trouvée se retrouve accusé des pires crimes, dans : « Ah Yia Aafi » ; Noumir Eddoumir qui a la terrible manie de prononcer ses mots à l’envers et d’en inverser l’ordre et Douja l’épileuse qui croit avoir des droits sur les personnalités de la cité sous prétexte qu’elle rend un bien grand service à leurs femmes, dans : « Moudhakkarat Chaouch » ; Le Rieur impénitent à qui la manie de rire perpétuellement, avec ou sans raison cause de bien graves problèmes et Le Timide profond qui venant demander la main d’une fille à son père se trouve coincé et finit par lui demander une cassette audio, dans : « Tbaïaa » ; Si Jilani, le père tyrannique et conservateur qui ne cesse de persécuter son fils unique en croyant lui donner une bonne éducation, dans : « Krouda Bel Bala » ; Hmaida, le mari faible et écrasé par son épouse autoritaire et fantasque, dans : « Errjel Titlaka » ; Hbiba l’inconsolable veuve qui pleure son défunt de mari par un discours et sur un ton des plus drôles et Si El Béchir qui craint maladivement la mort et s’attache férocement à la vie, dans : « Yarhmou Bfaalou » ; Rjeb le fou, victime de son frère aîné qui l’exploite, le trompe et le spolie pendant des années et le conduit à la ruine et à la démence et Tijani, le très mou papa de deux fils, vrais jumeaux qu’il n’arrive jamais à identifier ni à distinguer l’un de l’autre, dans : « Habibi Ya Khouia » ; Si Tarhouni, le riche commerçant et analphabète, qui a juré de faire de son fils unique que sa femme enceinte attend après une longue stérilité, un futur médecin, coûte que coûte et malgré toutes les embûches de la vie scolaire, dans « Kif Yia Bounï » ; Le Père, dans : « Chédli Tabbala », naïf à souhait et fâché avec la moitié des lettres de l’alphabet qu’il prononce les unes au lieu des autres; Jalloul, dans : « Chhar Laasal », villageois et agriculteur fortuné qui commet la bêtise d’épouser une belle citadine issue d’une famille de vieux bourgeois ruinés et qui se trouve cocu et berné, mais qui ne peut faire valoir ses droits, car les gens puissants ont toujours raison même quand ils mentent et trompent leur monde ; Fraj Elmaalel, un malade imaginaire qui après avoir fait le tour de toutes les maladies en invente de nouvelles, complètement inédites et tout à fait absurdes, pour le plaisir, de peur d’être en manque d’affection et d’attention de la part de ses proches et Ommok Fatma, réellement malade mais qui par ignorance, négligence, pudeur et méfiance refuse de se faire manipuler et malmener par le corps médical, dans : « Mridh Féni » ; khaled, dans : « Kouplouèt », cette mauviette qui veut jouer au mari jaloux et faire son machos mais qui à force d’hésitation, de lâcheté et de manque d’assurance ne réussit à impressionner personne ; Le Patron, dans : « Rihit El Flous », qui par matérialisme et cupidité se montre prêt à commettre toutes les bassesses, à faire fi des valeurs les plus sacrées et à vendre son âme au diable ; Sidi téta dans la pièce qui porte le même nom, un candide de notre société actuelle qui se laisse aisément avoir par tout le monde comme un agneau dans un univers de loups ; Ajmi dans : « Lé yéchouini ! », le nouveau riche qui voudrait changer de standing et de style de vie, se confirmer au savoir vivre de la haute société en oubliant que sa gaucherie, son ignorance et surtout la vulgarité, la mauvaise volonté et l’esprit terre à terre de son épouse, résolument trop femme du peuple, ne pourront jamais lui permettre aucun espoir d’élévation ; Docteur Fraj dans : « Yé Ouaadou… », toujours poursuivi par la malchance et les obstacles et ne parvenant à réussir ni dans sa vie professionnelle ni dans sa vie sentimentale ; Mnaouar dans « Wejh Eddoudou », ce domestique fourbe, diabolique, obséquieux, rampant, servile, flatteur et vil ;Chrifadans « Elkebda Mchouma »,épouse bigote et mère possessive et tyrannique qui traite son second époux comme un moins que rien et couve trop son fils unique, faisant de lui une mauviette et une chiffe molle ; Docteur Saïd dans « Elgorbita », atteint par la folie des grandeurs et qui rêvant de recevoir une décoration, incarne l’archétype de l’arriviste ridiculement sensible aux honneurs et à la notoriété, prêt à vendre son âme au diable pour y parvenir ; Hdanna dans « Darouiche Elgasaa », un nouveau Candide simple d’esprit, doté d’un Q.I. bien au-dessous de la moyenne, qui ignorant le mensonge, la malice et l’art de feindre et ayant la manie de penser à haute voix et de dire spontanément ce qu’il pense s’attire toujours les pires ennuis ; et enfin Nizar Timsahi dans « Malla Tcharbika », un faux Don Juan, peureux, faible, lâche et mesquin qui, une nuit, en l’absence de son épouse, partie séjourner chez son père, et ayant la malheureuse idée de tenter des retrouvailles avec un vieux béguin de jeunesse entre dans un infernal et rocambolesque imbroglio .
Ce sont là ses créations et ses compagnons de route et le théâtre est son élément. Il n’en fait ni pour l’argent ni pour la gloire, il joue parce que il ne peut pas faire autrement, parce que le besoin de jouer et en lui comme un démon qui l’habite, qui le harcèle jusqu’à ce qu’il lui donne satisfaction en se délivrant du personnage qu’il porte en lui. Après, il se sent un peu mieux pour quelque temps, avant que cela ne recommence.